Lire en public : une pratique à limiter, mais parfois nécessaire
A priori, je défends l’idée qu’il faut limiter les occasions de lire un texte en public au plus strict nécessaire. Mais parfois il vaut mieux lire que de se lancer dans un discours plus libre afin de limiter les faux pas, voire les erreurs graves. Intuitivement, on peut en effet se dire que s’il s’agit de remercier une vingtaine de personnes pour leur action déterminante dans l’aboutissement d’un projet, mieux vaut ne pas en oublier au passage. Ou que dans le cas d’une communication de crise, où chaque mot doit être pesé, par exemple l’avancement d’une enquête de police, il vaut mieux là aussi être très précis – et donc privilégier la lecture.
On peut multiplier les exemples: cérémonies protocolaires, jugement ou tout autre acte de justice, textes d’auteur ou citations, temps ultra contraint, traduction simultanée, etc. Même s’il existe beaucoup d’exemples, ce ne sont pas les situations les plus fréquentes de la vie. En tous les cas, demandez-vous toujours si le contexte exige de vous une extrême précision ou un timing très contraint. Si c’est le cas, alors lisez.
Lire à voix haute : un art à part entière
Tout le monde sait lire, me direz-vous. Et bien là aussi, c’est une idée fausse. On sait lire dans sa tête un roman mais lire à haute voix, pour une assemblée qui attend des informations précises, est un exercice particulier, qui se travaille.
Quelques règles essentielles pour lire efficacement un discours
- 130 mots équivalent à 1 minute de discours
- Ecrivez des phrases courtes ! Il est beaucoup plus efficace de lire des phrases courtes pour capter votre auditoire que de vous embarquer dans de longs tunnels
- Imprimez votre texte en grand, vous ne devez faire aucun effort pour le déchiffrer
- Entraînez-vous après chaque phrase à lever les yeux et à regarder votre auditoire pendant au moins 2 secondes. Vous pouvez varier la durée mais gardez toujours le contact régulier avec le public
- Prévoyez des passerelles entre chaque phrase: « C’est pourquoi », « Autrement dit », « En clair ». Elles vous permettront de lier les idées entre elles et de donner une tonalité plus orale
- Faites 3 respirations profondes avant de prendre la parole afin de poser votre voix
- Variez l’intonation. Montez la voix à la virgule et descendez la au point
- Accentuez les débuts de phrases mais ne mettez pas d’accent sur les autres mots (ou le moins possible)
- Variez le débit. Ralentissez quand l’information est importante, accélérez un peu quand elle l’est moins
S’exercer à la lecture à voix haute
Je vous suggère de faire l’exercice chez vous, avec une multitude de textes de différents styles. Et si possible, enregistrez-vous afin d’évaluer les points à améliorer. Vous verrez à quel point il est utile de porter sur vous-même un jugement le plus objectif possible. Ne dites pas « c’est nul » ou « je suis un génie », ce qui est plus rare, mais mettez-vous à la place de quelqu’un qui ne vous connaît pas et demandez-vous: la personne que j’entends est-elle compréhensible ? Est-elle convaincante ? Puis testez-vous auprès d’une personne qui vous est proche et qui sera honnête avec vous. Lire est une activité qui demande de l’exercice, ne vous découragez pas mais entraînez-vous au contraire à lire à haute voix tout ce qui vous passe sous la main, une recette de cuisine comme le dernier roman de Dan Brown.
S’inspirer des grands orateurs-lecteurs
Il existe également d’excellents orateurs, en France surtout, qui peuvent vous inspirer si vous ne cherchez pas à les imiter. Simone Veil, Robert Badinter, François Mitterrand ou Emmanuel Macron, pour ne citer que les plus connus, sont de très grands lecteurs de discours: analysez bien leur débit, les mots qu’ils accentuent et la façon dont ils gardent très régulièrement le lien avec leur auditoire. On ne vous demandera pas de devenir Président de la République, même si cela peut être votre ambition, mais il est très formateur d’observer la technique des meilleurs et d’en faire votre miel.
Le discours de François Mitterrand à la Knesset est un modèle d’art oratoire, en 1982
