L’attitude fait (presque) tout: le secret physique d’une prise de parole vivante

L’effet Marilyn Monroe: comment l’attitude peut vous transformer ?

Marylin Monroe

Actress Marilyn Monroe takes the subway in Grand Central Station on March 24, 1955 in New York City, New York. (Photo by Ed Feingersh/Michael Ochs Archives/Getty Images)

L’histoire qui suit a été rapportée par le photographe personnel de Marilyn Monroe, Milton Greene:

« Je n'oublierai jamais le jour où Marilyn et moi flânions dans New York, profitant d'une belle journée. Elle adorait New York car personne ne l'importunait comme à Hollywood ; elle pouvait porter ses vêtements les plus simples sans que personne ne la remarque. Elle adorait ça. Alors que nous marchions sur Broadway, elle se tourne vers moi et me dit : « Veux-tu me voir devenir elle ? » Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire, mais j'ai simplement répondu « Oui » — et là, je l'ai vu. Je ne sais pas comment expliquer ce qu'elle a fait, car c'était si subtil, mais elle a activé en elle quelque chose de presque magique. Soudain, les voitures ralentissaient, les gens se retournaient et s'arrêtaient pour la regarder. Ils reconnaissaient Marilyn Monroe comme si elle avait ôté un masque, alors qu'une seconde auparavant, personne ne l'avait remarquée. Je n'avais jamais rien vu de tel. »

Cet « effet Marylin Monroe », qu’on pourrait aussi décliner sur le mode « comment passer de Clark Kent à Superman », décrit la capacité à déclencher du charisme sur commande, en adoptant une attitude particulière, une certaine façon de regarder autour de soi, de marcher, de respirer et de sourire. Devenir Marylin Monroe n’est pas à la portée de n’importe qui mais cet exemple extrême est là pour prouver autre chose: le charisme n’est pas un don, votre présence est une qualité qui peut se travailler et c’est ce que nous allons voir ici.

L’attitude : la clé invisible de la prise de parole en public

Replongez vous un instant dans vos souvenirs d’école. Quels sont les professeurs dont vous vous souvenez ? Quels sont celles et ceux qui vous ont réellement marqué ? Était-ce celui qui était assis durant 45 minutes en train de lire son cours ? Était-ce celle qui parlait à voix basse et pour laquelle il fallait tendre l’oreille pour l’entendre ? Certainement pas. Je suis sûr que les professeurs qui ont laissé une profonde empreinte en vous étaient des gens passionnés, dynamiques et convaincus de la matière qu’ils enseignaient. Essayez maintenant de vous rappeler comment ils se tenaient, comment ils parlaient, comment ils bougeaient ?

Le souvenir des professeurs qui incarnaient

J’ai de nombreux souvenirs d’excellents professeurs – qui prennent fort heureusement le pas sur les très mauvais. Je pense par exemple à mon enseignant de dessin quand nous avions 12 ans. Il était à vrai dire un assez médiocre dessinateur lui-même mais nous adorions dessiner avec lui car nous aimions plus que tout les histoires qu’il nous racontait et qui n’avaient rien à voir avec la technique du dessin ou la marque des crayons. Il était assez vantard, reconnaissons-le, mais très sportif et montagnard.

Pour illuminer son regard, il suffisait de le brancher sur son ascension du Cervin dont il parvenait à décrire toutes les étapes: le réveil à 2h du matin en cabane après avoir enduré les ronflements de ses compagnons de dortoir, les cordes fixes rendues rigides par la nuit glaciale, le vide abyssal qui menaçait à chaque pas, les chutes de pierre qui tiraient au sort celui qui allait disparaître avec elles et le paysage sublime qui se révélait au sommet alors que le soleil se levait sur le Mont-Rose et l’Italie. Nous y étions ! Et 40 ans plus tard, j’ai toujours l’impression d’avoir gravi le sommet avec lui.

Les histoires que ce professeur nous racontait ne nous apprenaient rien sur le dessin, il est vrai, mais elles nous mettaient en joie par la passion dont elles étaient habités. Il était face à nous, ses gestes accompagnaient ses mots, il sillonnait la classe davantage qu’il ne marchait, se rapprochait de l’un de nous pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille puis reprenait son récit avec force détails. Quand venait l’heure de dessiner, nous nous jetions sur la feuille avec avidité, nous étions remplis par son énergie, nous étions animés par sa parole et il est certain que ce professeur avait planté en nous la graine des exploits futurs que nous accomplirions nous aussi. Rien à voir avec ce professeur de dessin silencieux, au Lycée, qui nous gratifiait d’un petit rire méprisant quand il découvrait une de nos œuvres ratées. De lui, je ne garde que le fait d’avoir totalement arrêté de dessiner.

Quand la parole transforme l’attitude

Je repense aussi à notre professeur d’histoire qui, le jour où le mur de Berlin était tombé, avait produit un puissant « effet Monroe ». Ce matin-là, il avait réuni dans la salle de gymnastique l’ensemble des élèves de notre établissement. Nous savions toutes et tous que le monde vivait un moment historique mais jamais nous ne nous serions attendus à ce qui allait arriver. Le professeur, un homme assez grand et voûté, chauve et rarement souriant, était entré dans la salle dans une très grande excitation et un visage radieux. Il s’était posé devant nous, avait marqué une pause, comme s’il voulait inscrire ce moment en chacun de nous. Il s’était lancé dans une ode à la liberté et à la démocratie dont je garde en moi le vibrant souvenir. Le corps de ce professeur avait tout à coup été porté par l’Histoire, lui qui était pourtant discret et plutôt terne en classe. Il parlait avec force gestes, la tête droite et les épaules ouvertes, nous regardait avec des yeux brillants d’émotion et de passion pour ce moment unique dans l’histoire de l’Europe.

L’attitude de ces professeurs n’était pas consciente, ils pratiquaient la prise de parole en public comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir. D’ailleurs, notre professeur d’histoire a repris sa posture terne et discrète en classe dès le lendemain alors que son brillant discours aurait pu l’éclairer sur son attitude générale et, qui sait, lui redonner une passion nouvelle pour l’enseignement de la neutralité suisse ou des guerres napoléoniennes.

“Faites semblant” : un raccourci vers la confiance

On me dit souvent: « Oui mais moi je n’ai pas confiance en moi et tant que je ne réussirai pas à acquérir cette confiance je n’aurai jamais la bonne attitude ! » A cette remarque récurrente – que je faisais mienne avant de comprendre que la « confiance » est un mot-valise qui ne veut pas dire grand-chose – je réponds en général la chose suivante: « pour commencer à avoir confiance, faites semblant ! »

En général, cette remarque est prise avec une certaine consternation, voire avec une pointe de colère car cette injonction semble bien éloignée de la sincérité recherchée, cette fameuse sincérité du professeur d’histoire lors de la chute du mur. « Si tu me dis de faire semblant, on verra que je mens ! » « Et d’ailleurs comment faire semblant alors que précisément je n’ai pas confiance en moi ? C’est sans fin ! » Mon point est justement celui-ci: pour bâtir quelque chose de solide à l’intérieur de vous, pour produire une image de confiance envers l’extérieur, évidemment qu’il faut vous attacher à être au plus près de ce que vous dites. Mais pour faire ce travail, vous pouvez aussi vous servir de votre physique, commencer par l’extérieur en quelque sorte afin de changer quelque chose en vous. C’est ce que démontre Amy Cuddy dans une présentation célèbre sur les « Power Poses », à la fin de cet article.

Nous sommes en fait confrontés à exactement la même problématique qu’un acteur qui cherche à approcher un personnage. Prenons par exemple Hamlet. Comment l’interpréter ? Comment faire se rencontrer un acteur, qui a une vie, des enfants peut-être, des goûts particuliers, qui aime la cuisine indienne et qui vit en 2025 avec un personnage, Prince du Danemark confronté à la mort de son Père, assassiné par le nouveau compagnon de sa mère ? C’est une question abyssale car le jour de la première représentation, le public doit croire que vous êtes Hamlet, que vous l’interprétez avec sincérité, que vous parvenez même à faire pleurer les spectateurs quand vous pleurez la mort d’Ophélie, victime innocente du drame qui se noue. Pour accomplir cet exploit – oui, être un bon acteur est un réel exploit qui demande un travail acharné – l’acteur a plusieurs outils à sa disposition: il peut passer, en gros, par la psychologie d’Hamlet, en essayant de comprendre sa façon de penser et de réagir aux événements. L’acteur s’intéresse alors à son « moteur » intérieur, à ses motivations, à ses doutes, à ses blessures. Et il doit, à partir de la compréhension non seulement psychologique mais émotionnelle du caractère, se glisser à l’intérieur du personnage – on pourrait aussi dire: devenir peu à peu, au fil des répétitions, le personnage.

Mais il existe aussi d’autres façons de travailler pour « comprendre » et incarner Hamlet. On peut par exemple imaginer sa voix: est-elle grave ou fluette ? sa démarche est-elle assurée ? comment se tient-il quand il est assis ? comment regarde-t-il ses interlocuteurs, comment les écoute-t-il ? Et avec cet ensemble de questions et de réponses physiques, l’acteur peut aussi s’approcher de Hamlet, mais de l’extérieur cette fois. Et le résultat n’est pas moins sincère qu’avec l’approche « intérieure », je peux vous l’assurer. Elle est juste différente.

La première méthode, schématisée ici à grands traits, est celle de l’école américaine, celle de Hollywood, des Robert de Niro, des Meryl Streep, des Al Pacino qui se fondent dans leurs personnages. On l’appelle d’ailleurs La Méthode, comme s’il n’existant que celle-là. La seconde méthode recoupe plutôt le travail des comédiens de théâtre, où l’acteur approche le personnage en montrant de lui des signes, des caractéristiques physiques particulières et où la sincérité doit être exposée à un public qui se trouve à 30 ou 40 mètres de lui. Au théâtre, l’acteur ne cherche pas forcément à se confondre avec le personnage mais il est plutôt dans une démarche d’interprétation – le spectateur voit et sait que l’acteur joue le personnage (avec toutes ses tripes, avec toute sa sincérité mais on n’est pas dans le réalisme du cinéma).

Au final, la plupart des acteurs emploient les deux méthodes de façon complémentaire. Un personnage est comme un être humain, à la fois fait de chair et d’esprit. L’intérêt de comprendre le travail d’un comédien c’est qu’il est exactement le même que celui que vous devez faire pour être devant un public et lui parler.

Quand je dis « faites semblant ! », je ne vous encourage pas à ne pas être sincère ou à parfaire votre art du mensonge. Au contraire, il peut être très utile de forcer votre corps à prendre des attitudes qui ne vous semblent pas naturelles au premier abord mais qui peuvent vous aider à vous incarner. La sincérité, la cohérence entre ce que vous êtes et ce que vous paraissez être, le « naturel » ne sont pas des concepts innés dont vous seriez dotés – ou pas. Ils s’acquièrent par l’exercice et le chemin vers soi peut aussi passer par l’extérieur.

L’importance de l’attitude oratoire

Votre objectif est clair: être un orateur convaincant en étant vous-même. Quand vous prenez la parole, l’auditoire vous regarde comme un tout, il n’a de vous que votre apparence. il ne va pas chercher à détailler votre performance mais votre attitude, votre façon de parler, vos mouvements et l’ensemble de votre communication non verbale ont autant d’importance que ce que vous dites. En réalité, on sait même que ces éléments physiques sont bien plus déterminants que le contenu dont vous êtes porteur. Il est donc essentiel de travailler votre attitude, votre posture, votre regard car même si votre discours est brillant, personne ne le remarquera si vous parlez de dos, si vous vous tordez les doigts ou si vous fixez le sol.

Voici donc quelques éléments que vous devez conscientiser et exercer. Il est absolument certain que vous aurez d’abord l’impression d’être un imposteur si vous suivez ces conseils. C’est normal, vous allez endosser un rôle qui n’est pas encore le vôtre mais que vous vous efforcerez de rejoindre peu à peu. Comme un acteur.

Les 7 clés d’une bonne attitude oratoire

  • Posture ancrée : pieds bien au sol, dos droit, épaules ouvertes
  • Ouverture : bras détendus, mains visibles, poitrine dégagée
  • Regard vivant : considérer l’ensemble de la salle, créer des micro connexions
  • Gestuelle naturelle : accompagner le discours sans surjouer
  • Sourire léger : détendre le visage et inviter à l’écoute
  • Mobilité mesurée : bouger pour souligner une idée, pas pour fuir la tension
  • Respiration fluide : diaphragmatique, pour poser la voix et calmer le corps

S’exercer sans se juger

Je vous suggère d’expérimenter ces 7 éléments en les intégrant l’un après l’autre plutôt que d’essayer de les avaler en une seule fois. Le meilleur outil à votre disposition est le même que pour les sportifs qui cherchent à s’améliorer en analysant leurs performances: la vidéo. On conseille parfois de s’entraîner devant un miroir mais ce n’est pas une bonne idée pour au moins 3 raisons. Premièrement, quand vous parlez en public vous n’avez pas de miroir – votre interlocuteur est le public, pas votre reflet. Il arrive d’ailleurs que certains orateurs se comportent comme s’ils parlaient à un miroir – ce que recoupe l’expression « s’écouter parler » – et c’est insupportable. Deuxièmement, vous exercer devant un miroir vous enlèvera toute spontanéité. Il est justement essentiel que certaines de vos attitudes et de vos micro-mouvements vous échappent et ne soient pas entièrement contrôlés. Le miroir peut créer un effet « visage de cire », neutre et inexpressif, le type de visage que vous devez à tout prix éviter. Enfin, le miroir vous détourne de ce sur quoi vous devez vous concentrer: votre histoire.

La vidéo est vraiment l’outil le plus utile parce que vous pourrez vous corriger après coup. Vous observerez ainsi si vos épaules étaient largement ouvertes comme vous l’imaginiez alors qu’en réalité vous étiez replié sur vous ou si vous piétiniez sur place alors que vous pensiez être parfaitement ancré.

Une bonne façon de procéder est d’attendre une journée avant de vous regarder: se juger à chaud n’est pas une bonne idée, surtout si on a tendance à l’auto-critique facile. Commencez par exemple par visionner la vidéo sans son, vous pourrez ainsi vous concentrer sur votre attitude. Ensuite, mettez le son sans l’image afin de bien analyser votre voix. Pour finir, observez comment l’image et le son se marient. Est-ce que vos gestes correspondent à vos paroles ? Est-ce que votre attitude est cohérente avec votre discours ou au contraire le trahit ? Décelez-vous des gestes parasites qui trahissent votre nervosité ? Votre regard soutient-il la caméra ou vos paupières clignotent-elles chaque seconde ? Vous verrez, cet exercice passionnant vous apprendra beaucoup de choses sur vous-même et sur votre façon de prendre la parole en public.

Essayez de visionner les images de la façon la plus objective possible, comme si vous regardiez quelqu’un que vous ne connaissez pas ou que vous deviez décrire un paysage. Notez ces observations puis reprenez l’exercice. Vous ferez rapidement de grands progrès.

La célèbre conférence d’Amy Cuddy sur les « Power Poses »

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